SENAT

En visite chez Marie de Médicis

16 décembre, plein soleil rue Leroyer pour le départ des 41 invités de Marie pour le Palais du Luxembourg. Chacun a soigné la tenue ; ce n’est pas tous les jours qu’une reine nous convie sous « les ors de la République ».

À 15 h 30, nous sommes à pied d’œuvre devant le bassin du jardin du Luxembourg. Un beau soleil hivernal a attiré dans ce très joli jardin une foule de Parisiens ; bon nombre d’entre eux ont pris d’assaut les fameux sièges « Sénat » et devisent agréablement en profitant de ces doux rayons. Rappelons qu’au 18e siècle l’utilisation de ces sièges mobiles était payante. En 1955, le Sénat impose le modèle actuel puis la gratuité en 1974. Mais aujourd’hui nous ne profiterons pas de cette gratuité car nous sommes attendus pour 16 heures.

Après quelques minutes d’attente, nous recevons notre sésame : un splendide autocollant vert qui fait de nous les invités visiteurs du sénateur Cuypers, sénateur de Seine-et-Marne, encore un petit passage sous le portique de sécurité et nous voilà dans la cour d’honneur.

Le sénateur Cuypers vient nous saluer et nous confie à Elisabeth, notre guide, une des 60 agents du Sénat. L’agent du Sénat assure les conditions matérielles du bon
fonctionnement des services du Sénat; il est multi-tâche : nettoyage, entretien, manutention, service lors des réceptions, accueil et orientation des visiteurs, conduite de visites, surveillance et contrôle d’accès. Notre guide nous a ainsi annoncé que chaque matin elle commençait sa journée par un temps d’entretien des cuivres …Une leçon de vie : toujours garder le sens des tâches matérielles simples ; nos politiques devraient y penser plus souvent…


Un peu d’histoire…

Un peu d’histoire. Avant de devenir le siège du Sénat, le Palais du Luxembourg fut d’abord le palais de Marie de Médicis, palais construit sur l’hôtel particulier de Luxembourg de François Piney-Luxembourg, dont l’actuel Sénat a gardé le nom. Visiter le Sénat, c’est bien sûr découvrir un lieu de pouvoir, mais c’est aussi découvrir les appartements de Marie de Médicis. Elle fut la seconde épouse d’Henri IV et, à la mort d’Henri IV, elle devint la régente de son fils, le futur Louis XIII.

Le Palais du Luxembourg devient le Sénat…

Le palais du Luxembourg passera entre différentes mains princières, jusqu’à devenir prison durant la terreur, c’est Bonaparte qui va en faire un lieu de pouvoir en y installant le Directoire en 1795. Premier consul, il s’y installe en 1799. Cette même année est créé le Sénat Conservateur. On parlera plus tard de la Chambre des pairs en 1814 (chambre haute du Parlement), à l’origine mission héréditaire. Le nombre de sénateurs s’accroissant, une campagne de travaux sera lancée et on avancera la façade sur le jardin du Luxembourg. L’hôtel initial sera appelé « Petit Luxembourg » et accueille depuis 1925 la Résidence officielle du Président du Sénat.

À quoi sert le Sénat…

Les sénateurs examinent les projets de loi que leur soumet le gouvernement, mais ils peuvent aussi déposer et examiner des propositions de loi. Ils contrôlent l’action du gouvernement et évaluent les politiques publiques. Ils peuvent créer des instances temporaires pour étudier un sujet (une commission d’enquête, par exemple…) et proposer des réformes. À la différence de l’Assemblée nationale, le Sénat ne peut être dissous. Son Président assure l’intérim en cas d’empêchement de la Présidence de la République. 348 sénateurs siègent au Sénat ; 38 % sont des femmes. Le Sénat coûte 5€ par an et par Français.

La visite peut commencer….

Nous entrons presque religieusement dans la « salle du livre d’or ». Elle rassemble tout ce qui subsiste de la décoration d'origine du Palais. Les appartements de Marie de Médicis étaient alors réputés pour leur splendeur. C'est ici qu'ont été remontés en 1817 des peintures et des lambris provenant de ses anciens appartements. Cette salle, évocation du passé doré du Palais, tire son nom du Livre d'or de la pairie, registre qui consignait les titres des pairs de France. Marie de Médicis, par son buste, marque sa présence dans ce lieu ; le joli petit collier de perles qui orne son cou peine à masquer un physique qui semble plutôt ingrat.

Tout au long de la visite les consignes sont très strictes, rien ne doit gêner les sénateurs, nous devons nous faire discrets et silencieux, dans les couloirs la file indienne est de rigueur pour ne pas troubler les passages des sénateurs et de leurs collaborateurs, tout bavardage inutile est proscrit. Dans les longs couloirs sont installés des écrans qui permettent de suivre en direct les débats ils permettent à chaque sénateur de rejoindre l’hémicycle si nécessaire et à leurs collaborateurs, formellement interdits d’hémicycle, d’être informés en permanence.

Nous sommes tous impatients de rejoindre le saint des saints : ce fameux hémicycle. La galerie des visiteurs domine l’hémicycle ; il nous faut donc emprunter 3 étages d’un escalier qui nous emmène vers la séance que nous attendons tous. Nous nous devons de nous installer dans un silence religieux, nous sommes sous contrôle, tout manquement à la règle du silence nous vaudrait exclusion, toute photo est prohibée.

Reconnaissons que les interventions auxquelles nous assistons ne sont pas palpitantes : il s’agit pour les sénateurs d’intervenir sur le rôle des commissions d’experts dans le processus de traitement des maladies mentales. Mais cela nous permet de suivre le ballet de tous les intervenants : le sénateur qui dispose d’un temps de parole très précis, le vice-président du Sénat qui lui donne la parole, l’huissier qui lui amène un verre d’eau, les trois greffiers qui prennent les notes, leurs relais après un temps de travail réglementairement prévu…

Un petit tour par la bibliothèque du Sénat, un endroit magique, un havre de paix, longue de 52 mètres, dont toutes les fenêtres donnent sur le jardin du Luxembourg, c’est Eugène Delacroix qui en a orné le plafond. À l’entrée de la bibliothèque une table présente les nouvelles entrées littéraires de la bibliothèque, parmi elles « Journal d’un prisonnier » d’un certain Nicolas S…

La visite continue par la salle des conférences. C’est un peu l’équivalent de la « salle des colonnes » de l’Assemblée nationale ; c’est ici que sénateurs et journalistes se rencontrent. Longue de 57 mètres, large de 10,60 m et d'une hauteur de 11,60 m, elle résulte de la réunion des trois salles du bâtiment d'origine. En face de la cheminée est exposé le trône qu'occupait Napoléon Ier quand il assistait aux séances du Sénat conservateur. On y trouve aussi une collection de bustes de Marianne et surtout l’exemplaire original de la Constitution de la Ve République.

Notre visite s’achève par la descente de l’escalier d’honneur où le sénateur Cuypers vient nous dire au revoir, l’occasion de croiser un autre sénateur célèbre, Yannick Jadot, sénateur de Paris.

Il est temps de rejoindre le restaurant du Sénat où notre groupe est chaleureusement accueilli dans un salon privé plein de charme.

Au-delà de la beauté des lieux, de l’importance politique du Sénat en cette période d’instabilité budgétaire, nous retiendrons la qualité de l’accueil qui nous a été réservé tant par le sénateur que par l’ensemble des membres du personnel du Sénat que nous avons pu croiser. Pour rendre cette journée encore plus magique, en cette fin d’année, notre chauffeur de car nous offre, pour achever cette visite, une superbe promenade dans un Paris magnifiquement illuminé.

Merci à Line et Patrice d’avoir mis en place cette journée mémorable !

Martine Boucher-Bohan

 

  

 

 

Retour à la liste des articles