HOTEL DE LA MARINE ET MUSEE DES ARTS DECORATIFS

Voyage au 18ème siècle

 

18 juin, la canicule survient, mais Monsieur de Fontanieu nous l’a assuré : « Je vous attends dans mon palais ; vous vous sentirez bien ; fraîcheur et beauté des lieux feront votre conquête. »

  

Lorsque l’on arrive à la place de la Concorde, on situe bien ces deux palais jumeaux : l’un est l’hôtel de Crillon et le deuxième est appelé Hôtel de la Marine. En 2015, le bâtiment est menacé de rachat par une entreprise privée, après le départ du ministère de la Marine. Mais il est décidé de confier ce splendide bâtiment au Centre des monuments nationaux, de grands travaux démarrent en 2017 ils s’achèveront en 2021 et rendent le bâtiment à ceux qui avaient su le faire vivre : Pierre-Elisabeth de Fontanieu et Marc-Antoine Thierry de Ville d’Avray, intendants en charge du garde-meuble royal au 18ème.

   

C’est Louis XV qui fait de cette place, une place royale et place sa statue en son centre, au cœur de jardins et de balustrades. Lors de la Révolution, elle deviendra Place de la Révolution et verra guillotiner Louis XVI et Marie-Antoinette ; elle deviendra Place de la Concorde à partir de 1795.

Monsieur de Fontanieu : « On m’a confié ce palais en 1765, intendant à la tête du garde-meuble royal ; j’y installe toute mon administration et aussi mes appartements. »

ARCAB : « Quel était votre rôle, Monsieur de Fontanieu ? »

Monsieur de Fontanieu : « J’avais alors en charge l’aménagement des résidences royales et l’entretien de leur mobilier, tout aussi bien à Versailles, à Compiègne qu’à Fontainebleau. J’entreposais dans ce palais tout le mobilier disponible pour les résidences royales, ce que vous appelez maintenant le Mobilier National ! »

ARCAB : « Vous vous occupiez donc de la décoration »

Monsieur de Fontanieu : « Je m’occupais des étoffes, de faire réaliser des meubles, des tentures, des vases, des diamants de la couronne, des batteries de cuisine, du linge de maison. »

ARCAB : « Que pensez-vous de la restauration, menée par notre république ? »

Monsieur de Fontanieu : « Vous autres républicains m’aviez surpris, certes, j’avais tenu des inventaires très précis sur les meubles, les objets que je gérais. Mais vous avez parfaitement restitué mon décor. Lorsque je viens la nuit pour hanter ces lieux, je retrouve l’appartement qui fut mien, je crois encore entendre tous ces artisans, ces visiteurs, ces domestiques qui meublaient mon espace.

ARCAB : « Nous avons remarqué que dans votre cabinet de travail, vos livres sont ouverts, prêts à être parcourus, la nuit peut-être ? »

Monsieur de Fontanieu : « Avez-vous vu aussi ma salle à manger ? C’est la fin de mon repas, le déjeuner d’huîtres. Sur la desserte, trône une splendide corbeille de fruits. M’accompagnerez-vous au souper la nuit prochaine ?» 

ARCAB : » nous avons aussi noté les odeurs, une artiste accompagne actuellement, par une mise en scène olfactive, les décors de votre appartement dans votre chambre de bains menthe, encens eucalyptus, vanille fleure bon le parfum de votre bain »

Monsieur de Fontanieu : « Oui, et j’espère que vous avez noté la bonne odeur de propreté qui agrémente l’escalier qui monte vers mes appartements. »

ARCAB : « Nous allons terminer notre visite par les salons d’apparat »

Monsieur de Fontanieu : » En effet nous avons laissé le Ministère de la marine prendre notre place durant plus de 200 ans, ces salons donnent tous sur la place de la Concorde, nous leur avons offert la plus belle vue de Paris. En dehors de cette galerie, n’oubliez pas de passer par le salon de réception ; vous y verrez le bureau de style Louis XV de Victor Schœlcher sur lequel il signa le décret d’abolition de l’esclavage en 1848, en tant que sous-secrétaire d’État à la Marine, et ce, entre les murs de l’Hôtel de la Marine. Beau souvenir, n’est-ce pas ! »

ARCAB : « Il nous faut maintenant vous laisser, car nous avons rendez-vous au musée décoratif pour découvrir la chronique d’un hôtel particulier au XVIIIe siècle »

Monsieur de Fontanieu : » Comme disait Talleyrand qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est le plaisir de vivre »

 

Seconde partie : Visite au musée des arts décoratifs

 

Découvrons la vie d’un hôtel particulier au XVIIIe, cheminons à travers tous ces instants du passé présentés dans les différentes vitrines.

Avant de pénétrer dans l’hôtel particulier, il faut cheminer à travers des rues parisiennes embarrassées de véhicules divers, bruyantes du cri des marchands, des patois divers des passants, des odeurs qui montent des pavés. L’hôtel particulier est à la fois présent dans la ville et, avec un certain recul, pour tenir la rue à distance ; le portail marque le pas entre la rue et la demeure.

Cour d’honneur à l’avant, jardin d’agrément à l’arrière ou alors corps de logis en façade, jardin et cour à l’arrière, la cour peut aussi accueillir les communs. Le jardin est une marque de richesse dans une ville qui commence à s’urbaniser, se rendre dans les beaux jardins de la capitale fait partie des mondanités, mais on se promène aussi dans les jardins semi-publics comme les Tuileries. L’hôtel est la résidence urbaine d’un personnage important. Il va disposer d’appartements d’apparats pour la réception des hôtes de marque et d’appartements de commodité pour l’usage privé et quotidien.

Le vestibule est un lieu de passage, où les valets en livrée accueillent et introduisent les voyageurs ; un escalier d’honneur dessert les différents appartements. Au sein de l’hôtel, Monsieur et Madame disposent de leurs appartements respectifs, tandis que les enfants ont leur espace indépendant. Pour mener « grand train », ils peuvent compter sur une quinzaine de personnes à leur service. Ces domestiques évoluent avec discrétion dans un entrelac de corridors, couloirs, portes dérobées, escaliers de service. 

Les premières années, les enfants ne voient leurs parents qu’au moment des réveils et des repas ; ils sont confiés à une nourrice puis à des gouvernantes ou des précepteurs. L’horlogerie devient un bien de consommation désirable. Posséder des pendules vous pose socialement ; elles trônent dans les appartements des maîtres. Dans les cuisines, sans pendules, on continue d’évaluer le temps de cuisson au doigt ou au couteau.

Monsieur ou Madame se réveille vers 7 heures ; un domestique ouvre les rideaux du lit et sert le petit déjeuner : un bouillon de viande ou de légumes que complète une tasse de café ou de chocolat ; la mode est aux breuvages exotiques.

Au quotidien, la toilette à l’eau se limite à l’usage d’une aiguière et de sa cuvette pour les mains et le visage, de larges bassins pour les pieds et d’un bidet pour les parties intimes. Ils s’installent ensuite pour être poudrés, fardés…

Avant de passer les vêtements apportés par le valet ou la femme de chambre.

Le dîner a lieu entre 14 heures et 16 heures. Avant le dîner, Monsieur s’est consacré à la gestion des comptes de sa propriété ou à sa correspondance dans son cabinet de travail. Il peut aussi se réfugier dans sa bibliothèque. Madame est passée dans son boudoir, où elle peut se consacrer à quelques travaux d’aiguille, elle peut aussi se consacrer à la prière dans son oratoire.

Avant de passer à table, on se lave les mains à la fontaine murale. Les assiettes et les couverts sont placés devant chaque convive, le verre est rempli à la demande et rendu au domestique après avoir été bu. Cinq vagues de plats sont servis : entrées, hors d’œuvre, potages et terrines, relevés de potages, viandes et poissons en sauce, suivies par les grands entremets, salés et sucrés, puis les légumes et tourtes précéderont les desserts.

Le souper sera servi entre 21 heures et 23 heures, il est l’occasion de convier des invités choisis. Après un agréable souper, Madame propose de passer au salon où, avec quelques amis, elle improvise un concert de musique de chambre. Une fois le concert achevé, les invités se partagent entre les agréments de la conversation et la passion du jeu… Rien ne va plus !

Merci à Line pour l’organisation de cette journée hors du temps, merci à notre guide qui nous a accompagnés durant ces deux visites, merci au rédacteur de la brochure de l’exposition du musée des arts décoratifs qui m’a permis de décrire une journée dans un hôtel particulier au 18e siècle. Une suggestion pour notre Président : « la prochaine Assemblée Générale de l’ARCAB à l’hôtel de Crillon ? Nous raffolons dorénavant des hôtels particuliers du 18e ! »

Martine Boucher Juin 2026

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